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© 2018 Isabelle Nadolny. 

  • Isabelle Nadolny

- Quand le diable devient éphèbe

Mis à jour : 4 oct 2018



Le diable est défini comme la personnification du mal selon le dogme chrétien. Son nom hébreu est Satan, qui signifie "adversaire, accusateur", puis les traducteurs de l'Ancien Testament en grec utilisèrent le terme diabolos : "celui qui divise".

A l'origine son rôle dans la Bible est assez mal défini. Le serpent de la Genèse n'est pas clairement désigné comme Satan lui-même, et il semble bien que l'anathème soit jeté au serpent en tant que tel : "Tu seras maudit entre toutes les bêtes, tu ramperas sur la poitrine et le pied de la femme t'écrasera la tête" (Genèse, III, 1-24). Les autres manifestations démoniaques de l'Ancien Testament s'inspirent surtout des démons orientaux sans doute suite au contact avec les Babyloniens. Des démons qui ravagent le monde et tuent les hommes, ainsi Asmodée dans le Livre de Tobie (III, 7-8). C'est avec le christianisme que le diable devient le roi du monde et de ses tentations. On le voit ainsi dans le désert mettre aux pieds de Jésus toutes les richesses du monde ( Mathieu, IV, 1-11).


Le Moyen-Age le figure d'abord sous cette forme de serpent puis de dragon, en référence au dragon de l'Apocalypse. Ensuite la représentation du diable prend une forme anthropomorphique et bestiale sans doute sous l'influence des mythologies païennes, qu'elles soient romaines ou barbares. C'est de là que viennent cornes, pieds de boucs et attributs de la bestialité. Ainsi il ressemble à Pan, dieu aux pieds fourchus et à son cortège de satyres débauchés, ou à Charu, dieu étrusque des enfers avec ailes de chauve-souris, dents acérées et griffes recourbées. On le retrouve figuré de cette manière à partir du Xe siècle dans les manuscrits allemands puis anglo-saxons. Avec le temps, le caractère bestial s'accentue, avec l'idée qu'il n'est plus le mal que la nature enfante (comme les démons destructeurs babyloniens) mais celui qui sort du coeur de l'homme et de ses passions égoïstes. A la fin du Moyen-Age, le diable devenu modèle d'épouvante est celui qui reçoit en sa demeure ténébreuse les pêcheurs qui ne se sont pas repentis. Curieusement il serait là à sa place dans le plan divin pour la punition des méchants.


A partir de la Renaissance le diable n'est plus ni odieux ni difforme. Sans doute sous l'influence du retour de l'art aux canons antiques, il devient un athlète, un faune, ou une allégorie. Les XVIIe et XVIIIe siècles ne le représentent presque plus. L'Église, pour contrer plus efficacement l'influence de la Réforme, préfère montrer des modèles édifiants de sainteté plutôt que des démons à craindre. Au XIXe siècle le diable devient un héros romantique, qui reprend sa place de révolté contre Dieu. Un chroniqueur du XIXe siècle* en vient à se questionner sur la légitimité d'une telle représentation : "C'est le pâle jeune homme à la tête penchée, aux cheveux noirs, dont la volupté se fond en tristesse. Il rêve abandonné sur un lit de nuages ; on dirait qu'il souffre aussi de ne plus croire. Serait-ce un progrès de l'art et le mal doit-il nous apparaître si beau ?".

Il est clair que le Diable du tarot est resté semblable au diable des chrétiens du Moyen-Age, le tentateur bestial.  On peut se questionner sur ce rôle et cette image restés figés.

Bibliographie :

*AM. Renée in "La Chronique française, revue de la littérature et des sciences"

Paris, n° 1, juin 1837

Histoire de la divination / Yvonne de Sike, Larousse, 2001

Le tarot, histoire, iconographie, ésotérisme / Gérard Van Rijnberk, Lyon, Derain, 1947


Iconographie :

Inferno, Giovanni da Modena, 1410

Temptation of Christ, Ary Scheffer, 1854

Gérard Philippe et Michel Simon dans "La beauté du diable" de René Clair, 1950