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© 2018 Isabelle Nadolny. 

  • Isabelle Nadolny

II - Histoire de la papesse Jeanne

Mis à jour : 13 mars 2019


Depuis son plus jeune âge, Jeanne voulait être prêtre. Donc elle se déguisa en homme, et vers l’an 850, elle quitta Mayence sa famille pour entreprendre des études. Connue sous le nom de Johannes Anglicus (dit Jean l’Anglais) elle travailla très dur dans une université anglaise, avant de partir étudier la science et la philosophie à Athènes. On dit qu’elle avait suivi son amant, qui était cardinal, dans la cité grecque, mais c’est sans doute bien mal parler d’elle. Car enfin, elle se rendit à Rome où elle obtint un poste de lecteur des écritures saintes, et elle était si savante dans les doctrines qu’elle entra bientôt dans la curie, passa tous les grades, et fut nommée cardinal. En l’an 854 elle fut élue pape par acclamation, sous le nom de Jean VIII, tant étaient appréciées son érudition et sa piété.

Pape elle le resta, pendant deux années, cinq mois, et neuf jours. Mais un jour, lors de la procession de la Fête-Dieu, elle fut saisie des douleurs de l’enfantement et accoucha en plein jour sur la voie publique de Rome entre la basilique Saint-Jean-de-Latran et la Basilique Saint-Pierre. Elle avait été séduite par un clerc malicieux ou un sien familier, et, ignorant l’époque de sa délivrance, sa féminité fut ainsi révélée. Le peuple furieux, la lapida à mort avec le fruit de ses entrailles et l’enterra sur le champ, sur le lieu même où elle avait accouché.

Une statue fut élevée à cet endroit avec cette inscription : « Pape père des pères, sois favorable à la Papesse dans ses couches. » L’Église fut contrainte désormais de vérifier la virilité des papes nouvellement élus. Le nouveau chef de l’Église de Rome devait s’asseoir sur une chaise percée, un ecclésiastique venait examiner manuellement ses organe génitaux. L’inspection terminée il pouvait s’exclamer « Duos habet et bene pendentes » (il en a deux, et bien pendantes), ce à quoi le chœur des cardinaux répondait « Deo gratias » (rendons grâce à Dieu).

Quant à la statue, on venait de loin la visiter ! Quand Luther visita Rome en 1510, il s’en gaussa : "A Rome j'ai vu dans une ruelle très longue qui mène à St-Pierre, exposée au public, la statue d'un Pape habillé en femme avec sceptre et manteau papal, portant un enfant dans les bras. (..) Car une femme du nom d'Agnès, née à Mayence, travestie en garçon, a été portée par un Cardinal en Angleterre puis à Rome. Ici elle a été élue pape par les cardinaux. Mais elle en fut pour sa honte, car elle s'est délivrée d'un enfant dans la dite ruelle. je m'étonne que les papes souffrent de telles statues mais Dieu les aveugle afin qu'on puisse voir ce que c'est que la papauté : une farce et simple tromperie et œuvre du diable."


Iconographie :

De mulieribus claris, dans une traduction allemande de Heinrich Steinhöwel, imprimée par Johannes Zainer. Ulm, vers 1474. British Museum.